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Grégory Turpin : Cela fait maintenant plusieurs années que mon engagement dans le monde est façonné par mon appartenance à l’Eglise, d’abord en tant qu’artiste d’expression chrétienne mais aussi en qualité de responsable pour la pastorale des jeunes. J’ai eu la grâce de recevoir la foi au début de ma jeunesse alors que rien ne m’y prédisposait et depuis le désir d’y conformer ma vie a été un enjeu constant. Ce désir a conduit mes pas sur bien des chemins différents, souvent semés d’embûches, mais j’ai toujours aspiré à être présent dans l’action au cœur du monde. J’ai découvert l’Eglise catholique à un âge déjà mûr, j’ai appris à mieux la connaître, à l’aimer profondément et ainsi à adhérer sans réserve à l’ensemble de son enseignement spirituel et moral… mais, ayant grandi loin d’elle, je me sens parfois un peu détaché de certaines conceptions du Monde – celui dans lequel nous nous trouvons sans en « être » d’après l’Evangile selon Saint Jean – qui sont partagées par beaucoup de mes frères et sœur dans la foi.
Je me rends compte que de plus en plus de catholiques ont le sentiment d’appartenir à une citadelle assiégée par les forces du matérialisme qui auraient irrémédiablement corrompu le monde moderne. Il serait idiot de nier qu’il n’existe pas dans les media un dénigrement récurent de notre foi et que de nombreuses décisions politiques s’opposent frontalement à l’amour du Christ. L’actualité, en outre, n’est pas avare en provocations plus ou moins affligeantes : le Piss Christ en 2010, la pièce Sur le Concept du visage du Fils de Dieu de Romeo Castellucci aujourd’hui ou encore le Golgota Picnic dans quelques semaines… Cependant, mon expérience quotidienne tend à me démontrer que nous ne vivons pas dans cette christianophobie ambiante que j’entends parfois dénoncer. Le véritable ennemi est plutôt l’ignorance profonde du fait religieux et de la vie de l’Eglise qui domine dans notre société. Par ailleurs, la posture de défenseur de la citadelle du Christ, exprimée notamment lors des manifestations contre la pièce de Castellucci, peut parfois induire un certain manque de charité chez ceux qui l’adoptent ; elle garantit de surcroît un peu facilement l’immunité spirituelle aux citoyens de la citadelle, puisque le véritable péché sévit à l’extérieur des murs !
Nous n’affrontons plus, comme au cours du XXème siècle, une critique intellectuelle, cherchant à discréditer le catholicisme en tant que système d’existence et de pensée, mais bien plutôt une société qui méconnait totalement l’expression contemporaine de la foi, pratiquée quotidiennement par des milliers de catholiques, pour lui préférer quelques images d’Épinal. Combien de fois me suis-je entendu opposer l’affaire Galilée avec son cortège d’Inquisition et de buchers cathares ou bien les affaires de pédophilie après quelques minutes de conversation sur un propos de Benoît XVI ? C’est cette distance entre l’image que nous renvoyons et notre expérience réelle de la vie en Eglise qui nous induit en erreur et nous empêche de nous interroger sur notre propre responsabilité dans cette situation.
J’ai eu la chance dès le début de mon expérience de chanteur chrétien d’être apprécié dans des milieux très éloignés de la foi, sans doute parce que je n’étais pas immédiatement identifié comme catho. Pourtant, après quelques minutes de concert, l’équivoque n’est plus possible ! Le monde du show business, réputé si éloigné de Dieu et si pollué par la vanité, est néanmoins peuplé de personnes qui se posent les véritables questions qui mènent à Dieu. L’ignorance totale des fondements de la foi que j’y ai souvent observée, permet paradoxalement à ces questions de s’épanouir sans être rejetées d’emblée à cause de préjugés religieux. Et cela n’est qu’un exemple ! Aussi étonnant que cela puisse paraître, l’indifférence ambiante à la religion est un terreau bien plus favorable à l’évangélisation que tous ceux qui ont précédé. Les jeunes générations se montrent, d’après ce que j’expérimente chaque jour, beaucoup moins intolérantes et même plus curieuses que leur ainées encore marquées par un fort inconscient de « Kulturkampf ».
Quelles leçons en tirer pour porter la parole du Christ au cœur de chacun ? Tout d’abord qu’il nous faut vivre en bonne harmonie avec les formes contemporaines du Monde si nous voulons réellement témoigner de l’amour du Christ, tout en affirmant parallèlement sa foi de manière décomplexée. N’ayons crainte d’en faire un sujet de conversation comme un autre avec notre entourage quotidien sans jamais néanmoins pousser autrui dans ses retranchements. Ceci a très souvent des effets surprenants d’après mon expérience : on assiste presque à chaque fois à des manifestations de curiosité intéressée qui conduisent souvent à des discussions approfondies. L’hostilité brute se dévoile, en définitive, assez rarement et je ne compte pas les bonnes surprises !
Cette manière d’être un croyant de chaque instant, ouvert au monde, a deux avantages. En premier lieu elle forme une « évangélisation passive » de chaque instant et elle peut nous préserver de cette sorte de schizophrénie qui fait que nous sommes tantôt du monde et tantôt à Dieu. Paradoxalement, un catho décomplexé qui communie pleinement au monde qui l’entoure est plus libre par rapport à l’esprit du monde que celui qui ne pense pouvoir exprimer son appartenance au Christ qu’au sein de sa communauté. Lors des instants où il se sent dispensé de porter témoignage, la cohérence de sa foi s’érode un peu et il risque d’être comme ce mari qui a retiré son alliance et se retrouve aux prises avec une femme qui cherche à le séduire… Nous sommes appelés à rendre témoignage du Christ et à marcher dans le monde comme lui-même y a marché mais sans forcément nous attendre à être traité comme Il l’a été !
C’est à la suite de cette réflexion que j’ai décidé de tenir un blog, afin de ne pas m’en tenir au sentiment qu’une prétendue « christianophobie » ambiante pourrait nous paralyser ! Je souhaite l’utiliser pour témoigner de ma vie d’artiste chrétien et pour prendre parfois position lorsque l’Eglise est malmenée. Ce sera aussi l’occasion de parler sans complexes de la foi qui m’anime comme je le fais depuis dix ans dans mes albums, d’évoquer des choses qui me marquent dans l’actualité, qui confortent mon espérance ou au contraire qui m’incitent à passer des coups de gueule ! Je compte également évoquer régulièrement l’actualité de la musique chrétienne qui est selon moi l’un des meilleurs moyens d’évangélisation qui nous soit donné à l’aube du XXIème siècle ! |